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Acquisitions 2015


 

Christian Lacroix
67 dessins haute couture (1987-2007)

Monsieur Christian Lacroix, dessin haute couture © Monsieur Christian Lacroix, dépôt de l'artiste

Présentés en 2008 pour l'exposition Musée Réattu, Christian Lacroix, les 67 dessins que l'ex-couturier dépose au musée Réattu couvrent toute sa carrière à la tête de sa maison de haute couture, créée en 1987.
L'ensemble est composé de deux types de dessins. Le premier comprends les esquisses des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, réalisées au stylo bille, feutre, crayon de couleur, gouache ou aquarelle, sur des papiers de récupération : bloc-note de chambre d'hôtel, photocopies de magazines etc. Ces dessins accompagnent la construction de son style devenu iconique, fondé en partie sur une palette où les couleurs les plus éteintes comme les plus vives, les plus écrasées comme les plus violentes, ont droit de cité. Les références arlésiennes, camarguaises, l'allure baroque des débuts y sont retranscrites dans des croquis très libres, parfois accompagnés d'indications écrites destinées aux premières d'atelier.
Le second type concerne les dessins des années 2000, qui voient s'imposer l'utilisation de l'ordinateur et de la palette graphique, et accompagnent la mutation de ce style qui s'exprime alors d'une manière plus abstraite, libre et incisive, appuyée par des couleurs qui virent du jaune d'or au jaune Post-it et du rose fuchsia au rose Stabilo.
Ce dépôt participe de la démarche très active de patrimonialisation de son œuvre. C'est ainsi que les dessins et maquettes pour le monde du spectacle ont été versées aux collections du Centre National du Costume de Scène de Moulins (dont il est président d'honneur) tandis que ses archives personnelles – collages, « mood-board », documents de travail – ont été déposées au Museon Arlaten en 2014. La part du dessin libre revient donc au musée Réattu, dans l'idée d'étoffer le discours autour de la notion d’œuvre en cours, importante dans la politique d'acquisition du musée.

 Juan Miró
Femme à la chevelure défaite

 

Juan Miró, Femme à la chevelure défaite, sculpture, 1975 © Dépôt Succession Miró, galerie Lelong

 La succession  Miró, en entente avec la galerie Lelong à Paris qui représente les intérêts de l'artiste en France, a proposé au musée Réattu de déposer pour cinq ans un bronze de Joan Miró intitulée La femme à la chevelure défaite.
La sculpture, assez tardive dans l’œuvre de l'artiste, est toutefois parfaitement représentative d'une part importante de sa création au sein de laquelle la femme tient une place centrale, la thématique des femmes à la chevelure ayant connu de nombreux développements.
Datée de 1975, La femme à la chevelure est quasi-contemporaine de la donation Picasso conservée par le musée Réattu. Ce visage au profil très plastique, dans lequel  l’œil est fortement souligné, trouve ainsi parfaitement sa place en regard des nombreux portraits d'hommes et de femmes laissés par le peintre andalou.

Pierre Alechinsky
Niveau d'eau I

Pierre Alechinsky, Niveau d'eau I © Pierre Alechinsky / ADAGP, Paris 2015, don de l'artiste

 

C'est en 1990 que la relation entre Pierre Alechinsky et le musée Réattu se concrétise avec l'acquisition d'une première œuvre, Érosion éolienne, peinture attentive à l'idée d'un paysage méditerranéen fait d'ombre, de lumière et de vent, que le peintre perçoit régulièrement depuis son atelier du Paradou, dans les Alpilles. Il accompagne immédiatement cet achat du don de son Soleil tournant, peinture qui retourne ici à ses origines géographiques, puisque c'est à Arles que le peintre belge réalisa ses premiers estampages de plaques d’égout, promis à de nombreux développements à travers le monde. La collection se développe ensuite de manière considérable avec le don de la série Al Alimon : douze œuvres réalisées mano a mano par  Alechinsky et son ami Alberto Gironella.
L'artiste a souhaité enrichir ce corpus d'une nouvelle œuvre intitulée Niveau d'eau I. Il s'agit du premier état d'une recherche ayant abouti à une série de douze œuvres. Niveau d'eau I représente  un véritable enrichissement pour  le fonds d'un des artistes majeurs de la collection, tout en cultivant la porosité entre les médiums artistiques, principe important dans le choix des acquisitions en matière d'art contemporain au musée Réattu. 

Katerina Jebb
Untitled icons
Télégramme de Duchamp à Picabia

Katerina Jebb, Untitled icon © Katerina Jebb, don de l'artiste
Artiste complètement autodidacte, Katerina Jebb s'approprie le médium photographique à l'âge de 26 ans. A la suite d'un accident de voiture qui la prive un temps de l'usage de ses bras, elle entreprend de déléguer le travail de la prise de vue à des machines, photocopieurs, puis scanners et imprimantes. Aujourd'hui, elle continue d'utiliser ces procédés qui confèrent à son œuvre une esthétique étrange et déroutante. Ses collaborations avec le monde de la mode constituent une part importante de son travail – elle a travaillé notamment pour la marque japonaise Comme des Garçons et pour la maison Christian Lacroix –, mais elle développe aussi une recherche plus personnelle, qui la conduit depuis quelques années dans des ateliers ou des archives d'artistes.
La série Untitled icons
Les portraits et les natures mortes constituent l'essentiel des thémes abordés par l'auteur. Katerina Jebb élabore une esthétique froide et sans concession. Dans la série Untitled icons (Icônes sans titre) dont l'artiste offre 8 exemplaires, elle photographie des robes haute couture créées par Christian Lacroix. En choisissant de collaborer avec un créateur, Katerina Jebb crée dans cette série un pont entre son travail pour la mode et celui sur la nature morte.
Le Télégramme de Duchamp à Picabia
Cette image offerte au musée fait partie d'une série de scans réalisés à partir des archives de Francis Picabia, conservées à Paris. De la même manière qu'elle a scanné la totalité de l'atelier du peintre Balthus, elle a eu accès libre aux archives du peintre et écrivain proche du mouvement Dada, dont elle a tiré un nombre important de natures mortes. D'un objet a priori aussi insignifiant qu'un télégramme, elle produit une image de grand format qui tend exagérément à le magnifier et attire l'attention sur les deux noms qui enluminent le document : Duchamp et Picabia. 

Présente dans les collections du musée depuis le don d'une première œuvre en 2008 – une nature morte intitulée Ladies tights –, l'oeuvre de Katerina Jebb s'intègre parfaitement dans la collection du musée. Elle tisse des liens avec d'autres photographes présents dans le fonds comme Patrick Bailly-Maître-Grand ou Yves Trémorin, qui développent une approche technique et plastique sur les modalités de l'apparition de l'image. Elle fait aussi écho au travail de Nancy Wilson-Pajic sur le photogramme, que l'américaine à développé entre 1998 et 2003 à partir de robes haute couture de Christian Lacroix et dont le musée conserve un grand exemplaire. 

Lucien Clergue
Bras levé sur la plage

 

Lucien Clergue, Bras levé sur la plage © Succession Clergue - Photo Association Dire, don de l'artiste

 

L’œuvre que Lucien Clergue a souhaité donner aux collections du musée Réattu, quelques temps avant sa mort, est un grand tirage vintage de la photographie Bras levé sur la plage, qui fut présenté dans l'exposition rétrospective consacrée au photographe du 5 juillet 2014 au 4 janvier 2015, dans une section célébrant sa vision du nu féminin à travers deux portfolios manifestes : Née de la vague et Genèse
Si le musée possède un ensemble déjà complet des nus de la mer de Lucien Clergue grâce aux deux portfolios qu'il a offert par le passé  – Genèse en 1975 et Née de la vague en 1980 –, ce fonds se compose en revanche uniquement d'héliogravures dont les formats restent assez restreints. Il est pourtant fondamental de rendre compte de la variété des techniques et des formats utilisés par le photographe tout au long de sa carrière. C'est donc pour combler ce manque que le photographe a souhaité confier cette dernière œuvre à la collection photographique du musée, dont il a été le principal instigateur et partenaire depuis sa création en 1965, et à travers lequel il n'a cessé, don après don, de faire le bilan de son œuvre.