Arles réinventée par la photographie

De Ansel Adams qui réalise en 1974 cette vue des Thermes de Constantin aux photomontages de Jerry Uelsmann qui livrent une vision fantasmagorique du monumental, c’est le théâtre privé des photographes qui s’invite sur cette scène du patrimoine d’Arles, sans cesse réinventé par leur personnalité. Théâtre d’ombres d’Arthur Tress, méditations de Mimmo Jodice, métaphysique de Vasco Ascolini, mystères de Marcello Grassi, spectres lumineux de Bruno Cattani dialoguent avec les recherches lumineuses de Jean Bernard pour qui la lumière créé la matière, de Eva Rubinstein où elle sculpte et épouse doucement les formes et de Yannig Hedel qui la voit transmuter le temps et la substance des monuments. Jacqueline Salmon s’attache à ce lien si particulier à Arles entre l’architecture et la monumentalité du ciel. Elle choisit deux extrêmes, les cryptoportiques et le ciel au dessus de la ville. Architecture du vide et de l’ombre où la lumière obéit à l’ordre, images d’une éternité d’en bas immuable qui regarde une éternité d’en haut, mouvante. Dans la Suite d'Arles de Corinne Mercadier, l’architecture contient l’air, dans tous les sens du terme. Le toit de l’église des prêcheurs, comme un cristal à facettes mis à plat, voit s’élever des formes volantes qui captent la mémoire du vide, la mémoire du lieu, comme une suspension dans l’espace présent. Le rôle emblématique du mistral et la force d’une lumière contrainte à la géométrie sont ainsi rendus perceptibles.                                                                                                        A l’ordonnancement architectural de la ville répond la puissance des paysages arlésiens et les excès d’une nature qui fascine les photographes. L’eau (les marais, la mer, le Rhône) y côtoie le ciel en une intimité parfaite avec la lumière comme complice. Les frontières entre ciel et terre semblent abolies. Végétations pétrifiées, paysages « cultivés », camelles de sel dont l’échelle entre eau et ciel est indéfinissable, variations infimes de lumière où l’eau se fait membrane, notion du temps qui se perd dans le caractère dérisoire des traces laissées par l’homme, ces regards sur le paysage sont en fait une méditation sur l’infini.

 

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